Malgré plus de 60% d'abstention, les résultats autorisent une analyse de ce qui constitue plus qu'un gigantesque sondage représentatif de l'opinion des français.

L'abstention
Cet énorme taux d'abstention concerne l'ensemble des pays d'Europe, ainsi que l'échec des partis socialistes et sociaux-démocrates. La défaite est cuisante pour le PS Français comme pour le SPD Allemand, le parti démocrate Italien, les travaillistes Anglais, le PSOE Espagnol, etc.
Cela peut paraître paradoxal au moment où la crise met en évidence la pertinence des solutions traditionnelles des socialistes (remise en cause du « tout marché », intervention de l'Etat, etc.) en même temps que la faillite de l'ultralibéralisme.
Il est vrai que l'histoire nous apprend que les périodes de crise ne sont pas les plus propices aux victoires de la gauche. Les électeurs se réfugient alors plus directement vers ceux qui incarnent plus que nous l'ordre, la sécurité, le repli sur soi.
Mais la défaite des socialistes et des sociaux démocrates européens s'explique aussi par leurs propres erreurs.
A l'origine de la construction de l'Europe, et ayant accompagné et soutenu tout son processus de développement, les socialistes sont, aux yeux des travailleurs européens, coresponsables de ce qu'est l'Europe aujourd'hui : une vaste zone de libre-échange ouverte à tous vents; une Europe qui leur apparaît plus un problème qu'une solution à leurs difficultés (pouvoir d'achat affaibli, délocalisations et licenciements, pauvreté et inégalités croissantes, mise en cause des services publics...).
Une Europe qui les déçoit et qui ne les protège pas.
Une Europe qu'ils ne se sont jamais appropriés tant sa construction s'est faite sans eux (élargissement à 27 par exemple), et parfois même contre eux (vote majoritaire contre le TCE par référendum et contournement de ce vote par les congressi
stes de Versailles, véritable forfaiture française à laquelle le PS français ne s'est pas opposé !).
Alors, nous payons la facture !
En France (comme ailleurs) la distension de nos liens avec la population salariée se confirme des présidentielles de 2002 à celles de 2007, et jusqu'à ces européennes de 2009, même si les français nous gardent leur confiance quand il s'agit de gérer les affaires locales (municipales, cantonales et régionales), souvent en raison de la qualité de nos cadres, du dévouement et de la compétence de nos dirigeants intermédiaires.
Nos spécialistes sondeurs nous le confirment : ce s
ont les couches salariées et défavorisées qui se sont abstenues, et c'est l'électorat de droite qui est allé voter.
Quitte à cautionner le libéralisme, les électeurs ont préféré l'original à la copie. D'autres se sont abstenus ou se sont détournés vers d'autres votes.

La droite: une victoire en trompe-l’œil
La droite a bien raison d'éviter tout triomphalisme. L'UMP sait que ces 28% aux européennes sont en retrait de 2 points par rapport au score de premier tour de Sarkozy lors des présidentielles de 2007. Elle sait que ces presque 28% constituent un plafond difficile à dépasser tant elle a absorbé et asphyxié toute autre formation politique de droite (de l'UDF au Nouveau Centre). Rappelons qu'en 2004, les listes UMP et UDF qui soutenaient le gouvernement d'alors obtenaient 28,6% des suffrages. Avec qui faire alliance, demain aux régionales et cantonales, après-demain à la présidentielle ? Si l'on ajoute le FN et De Villiers au score de l'UMP, on arrive péniblement à 40%. Le total de la droite ne lui permet pas la victoire assurée pour les élections à venir.
Malgré son succès apparent, cette victoire est illusoire. Sarkozy est désavoué. Ayant tout absorbé, il n'a plus guère de réserves de voix, dans une élection à deux tours (Régionales 2010, Cantonales 2011, Présidentielle 2012).
Même si l'on examine le nombre de députés élus, l'UMP est loin de la majorité absolue.
Seule, elle n'en a que 29. Avec le FN et De Villiers (4), cela plafonne à 33. Autant que le PS (14),
Europe Ecologie (14) et le Front de Gauche (5), réunis.
33 à droite, 33 à gauche et 6 au Modem, que nous classons à droite, mais qui s'est tellement éloigné de Sarkozy et a tellement emprunté nos thèmes de campagne que ses dirigeants et son électorat méritent une analyse électorale plus complexe.

Une gauche plus forte mais éparpillée
Le sous-total de la gauche, même dans ces circonstances, est prometteur pour les années à venir : PS à 16,5%, Ecolo à 16,5%, Front de Gauche, NPA et LO à 12%, cela fait autour de 45%.
C'est nettement au dessus du sous-total de la droite. Et c'est la victoire possible si la gauche se met en capacité de déclencher un processus unitaire.

Les Verts : un vote refuge ?
Certes, les listes conduites par Cohn-Bendit ont bénéficié d'un transfert de voix en provenance de l'électorat traditionnel du PS, déçu par l'écart entre son programme et sa pratique (cf. ci-dessus), par son absence d'incarnation nationale forte, par ses divisions, etc. Cet électorat ne demande qu'à nous revenir sous la condition que nous redevenions attractifs...
Certes, les listes écologistes ont bénéficié de l'énorme opération médiatique en faveur de « HOME » deux jours avant le vote.
Certes, Cohn-Bendit a bénéficié, trois jours avant le vote de l'excessive ag
ressivité de Bayrou lors de l'émission « A vous de juger ».
Mais la crise économique que nous vivons, a aussi mis en évidence l'urgente nécessité d'un autre modèle de développement, déjà souhaité par le grand nombre en raison des perspectives désastreuses du réchauffement climatique et de l'épuisement de certaines ressources naturelles.
Le thème écologiste est transversal, et aucun autre modèle de développement ne saurait s'imposer sans la substitution des exigences de l'intérêt général à la logique du profit maximum et immédiat. Nous, socialistes, devrions être les premiers porteurs de cette exigence-là. Nous l'avons inscrite dans notre déclaration de principes (cf. « l'économie sociale et écologique de marché ») , mais nous n'avons pas su encore populariser notre orientation avec la force et la clarté nécessaires.
L'alliance réalisée par Cohn-Bendit au sein d'Europe-Ecologie marie des courants divers : « libéraux-libertaires », défenseurs d'interventions fortes de l'Etat au contenu social avancé, défenseurs du OUI au TCE, propagandistes du NON (José Bové), et jusqu'à des pourfendeurs assidus de la délinquance financière et des paradis fiscaux (Eva Joly).
Leur succès ne doit pas nous effrayer et nous inquiéter. Leurs thèmes de campagne et leurs volontés sont aussi le plus souvent les nôtres. La perspective de l'alliance avec eux est largement ouverte, comme elle fonctionne presque toujours dans les structures où nous siégeons ensemble.


A notre gauche, des alliés naturels...

Le Front de Gauche, le NPA et LO totalisent environ 12 %. Ce sont largement des voix qui proviennent de nos insuffisances passées à mener le combat contre les orientations libérales européennes, comme de nos erreurs politiques dans l'exercice du pouvoir dans notre propre pays.
Unis autour du NON lors du vote du référendum de 2005, ces forces ont été incapables de réaliser leur unité politique depuis lors.
Cependant le PCF est sorti de sa minoration et marginalisation croissantes grâce à l'alliance avec le PG (Mélenchon) et la Gauche Unitaire issue de la LCR (Piquet). Même partielle, la dynamique unitaire a profité à cette alliance (Front de Gauche) qui dépasse ainsi les 6% et permet l'élection de 5 députés.
Le NPA reste campé dans une posture sectaire, refusant toute implication institutionnelle. Cela lui permet de s'opposer avec détermination sans jamais risquer l'exercice des responsabilités. Il réalise un score d'à peine 5% ne lui accordant aucun élu.
LO, dépassée par le charisme de Besancenot, n'a pas su imposer sa nouvelle porte-parole et est le grand perdant de cette confrontation au sein de l'extrême gauche, ce qui montre la volatilité de cet électorat.
Nul doute qu'une dynamique unitaire emporterait à nos côtés l'essentiel de ces courants politiques, à commencer par le Front de Gauche, pour autant qu'on veuille bien l'initier avec détermination.

L'écroulement du Modem
Avec un résultat de moins de 9%, l'aventure présidentielle de François Bayrou, qui avait réalisé un score de 18% lors du premier tour de la présidentielle de 2007, est largement compromise. D'autant plus que les élections régionales et cantonales qui précéderont, pourraient précipiter l'éclatement du Modem ou à tout le moins faire apparaître son manque d'identité et de cohérence en raison des modes de scrutin à deux tours posant la question des alliances.
Pour nous, l'alliance avec le Modem reste inacceptable en raison essentiellement de son programme économique, de la pratique libérale de ses représentants à l'Assemblée européenne, ou encore du passé politique de Bayrou et de ses faits d’armes. Pour autant, nous assistons à la dérive incontrôlée d'une force dont l'électorat a été réduit, mais façonné dans un anti-sarkozysme radical.
Cette nouvelle situation ne nous ouvre aucune perspective d'alliance programmatique et stratégique, mais ne doit pas nous empêcher de nous adresser de manière ouverte à son électorat, ni d'obtenir des ralliements sur nos positions.
L'attitude au Parlement Européen des 6 députés du Modem, qui feront basculer la majorité de la délégation française d'un côté ou de l'autre sera aussi intéressante à observer.

Des résultats désastreux pour notre Parti...
On pourrait à loisir lister et développer les causes exogènes de notre échec : attitude des médias refusant la mise en place d'une campagne mobilisatrice, amplifiant le phénomène abstentionniste, niant notre programme au profit de l'exposition répétée des querelles de personnes ; manœuvres de Sarkozy plaçant le débat sur le thème de l'insécurité et de la Turquie, etc.
Martine Aubry a raison de dire qu'il faut centrer notre réflexion sur nos propres carences.
On l'a dit plus haut, notre principale faiblesse est notre passé dont nous peinons à amoindrir le discrédit engendré par notre accompagnement du libéralisme au niveau européen, et par nos erreurs de gestion gouvernementale quand nous y avions les responsabilités principales.
C'est pour cela que nous sommes en convalescence.
Notre programme lui-même qui présentait de bons objectifs ne pouvait masquer la faiblesse du compromis passé au sein du Manifesto avec nos 26 partis frères.
Comment défendre avec conviction et crédibilité l'harmonisation fiscale et sociale quand le Traité de Lisbonne, approuvé par bon nombre de députés et sénateurs français, ainsi que par de nombreux partis sociaux-démocrates européens signataires du Manifesto, rejette explicitement cette orientation.
Comment combattre Barroso avec efficacité quand Zapatero et Gordon Brown annoncent, avant même l'élection et l'émergence d'une majorité au Parlement européen, qu'ils le soutiendront comme Président de la Commission Européenne.
Comment populariser et défendre le « juste échange » contre le dumping social, fiscal et environnemental quand l'un des nôtres, Pascal Lamy, est le défenseur acharné du libre échange à la tête de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce).
Notre campagne a reflété ces faiblesses, quand son slogan principal se limite à dire «Changer l'Europe maintenant ». Mais quel changement ? Et quelle rupture ?
On pourrait allonger la liste de nos erreurs, jusqu'au retard de démarrage de la campagne, son phasage curieux et impraticable, la mauvaise qualité de nos affiches, et même du bulletin de vote, peu lisible et sans couleur !

Que faire maintenant ?
Les analyses qui précédent indiquent clairement la voie à suivre : l'unité de la gauche est à reconstruire.
Il faut proposer à l'ensemble des forces de gauche, sans exclusive, aux Verts d'Europe Ecologie, au PRG, au Front de gauche, au NPA, à LO, au MRC, de construire ensemble une alliance sur un projet et un programme commun de transformation progressiste de la société : un autre partage des richesses, défense, développement et amélioration des services publics, sécurité sociale professionnelle, nouveau modèle de développement durable, énergies renouvelables, ferroutage, augmentation du SMIC et des retraites, nouvelles modalités de contrôle et d'interdiction des licenciements boursiers, etc. Il faut s'inspirer de la plateforme revendicative unitaire des 8 syndicats, du contre-plan de relance du PS. Il faut mettre tout ça sur la table, et ouvrir des discussions, dont certaines phases pourraient avoir un caractère public, afin que tous les citoyens puissent s'emparer des débats.
Parallèlement, il faut ouvrir la discussion entre nous et avec nos partenaires sur les modalités de désignation d'un candidat commun de la gauche dès le premier tour de l'élection présidentielle, si cela semble possible, ou à défaut sur les modalités de gestion de la concurrence au premier tour.
Il faut aussi dès maintenant aborder les conditions programmatiques et de constitution des listes unitaires aux prochaines élections régionales.
Il faut, pour balayer Sarkozy et les politiques ultralibérales, construire d'urgence un nouvel arc-en-ciel, rouge, rose, vert, sans prétention hégémonique de quiconque, et dans le respect de chacune des composantes.
Pendant la campagne électorale, Brice Hortefeux arpentait l'Auvergne… en pensant aux régionales de 2010. Lui, élu aux européennes ? C'était impossible, assurait-il, alors qu'il figurait au troisième rang sur la liste UMP Massif Central-Centre. Et le voilà porté par la vague bleue, élu contre son gré à Strasbourg. L'ancien député européen, qui ne fut guère assidu entre 1999 et 2004, ne veut pas retourner dans les institutions européennes. Il espère un jour devenir premier ministre de Nicolas Sarkozy.
L'Elysée a volé à son secours dès ce lundi : Brice Hortefeux n'est pas concerné par l'obligation faite aux candidats UMP de siéger au Parlement. "Brice Hortefeux n'avait pas pris l'engagement d'être sur les listes pour être élu. Il s'était inscrit pour pousser la liste. Sinon, il se serait mis en premier", explique l'Elysée.
Parmi "les sept engagements" de l'UMP pour les élections européennes figurait celui que "les candidats de la Majorité Présidentielle s’engagent à être présents au Parlement européen à Strasbourg et à Bruxelles.
Le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand avait donné le ton sur RTL en expliquant dès ce matin en annonçant qu'il a besoin de Brice Hortefeux au gouvernement.  En tous cas, ses électeurs se souviendront certainement de lui dans un an !
En réécoutant l’intervention du chef de l’État, je me suis amusé à noter les mots qu’il a utilisés le plus souvent. Bien sûr parmi les termes les plus employés on retrouve crise, réforme(s) et travail. Prévisible. Nicolas Sarkozy était déterminé à démontrer sa volonté de ne pas changer de cap, même si le chômage croît dangereusement, il ne jure toujours que par la « valeur travail » et n’arrêtera pas le train des réformes. On ne s’attendait pas à plus. Et pourtant, le mot le plus employé par le président. À six reprises il a donc mis en avant « l’esprit de justice » de ses mesures, justice qui doit être « une priorité en ce moment », même si le travail « est la clé de tout ». La justice passe notamment, dans son discours, par la suppression des bonus pour les patrons dont les entreprises font faillite ainsi que les autres décisions que l’on ne détaillera pas ici. Dans cette allocution soigneusement préparée et enregistrée, il y a pourtant une phrase plus que surprenante : « au delà de ces mesures de justice (…) les réformes doivent continuer ». Qu’a-t-il bien pu vouloir signifier par cette phrase ? Ses réformes dépassent l’idée de justice, est-ce que cela signifie qu’elles sont injustes ? Un aveu ?

Tout au long de cette allocution, je n’ai cessé de me poser deux questions ; où sont passées les négociations avec les syndicats et quand va-t-il évoquer la crise aiguë qui agite l’Outre-mer ? Je n’ose pas imaginer la déception des uns et des autres sur ce sujet. Une fois encore Sarkozy qui aimait tant agir sans réfléchir réapprend le temps long. La crise en Guadeloupe sera l’objet de nouvelles discussions, rien de concret n’est apparu ce mercredi. Lui qui était allé au Tchad chercher quelques otages, ne se rend même pas dans une région sinistrée de France qui ne cesse de demander de l’aide depuis plusieurs semaines…

Quant à la rencontre avec les syndicats, je dois avouer que j’ai été choqué devant le déni de démocratie de notre président. Il n'avait cessé de ré^péter le 5 février dernier que les décisions ne seraient prises que ce mercredi lors de la rencontre avec les syndicats. Mercredi soir, il nous a offert une allocution enregistrée probablement rédigée la veille. Toutes les propositions annoncées étaient déjà listées dans un article du monde.fr paru avant la rencontre avec les syndicats. A quoi sert cette réunion – soit disant "sommet social” - autant mise en exergue par le président si les décisions sont déjà prises ?

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